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SabineDullin. Les frontières concentrent les paradoxes de la mondialisation : alors que leur déclin semblait programmé après la fin de
Dénoncerles travers de la société; La littérature d’idées; on regroupe sous le terme de littérature d’idées différents genres littéraires dont l’objectif principal est de faire réfléchir, de transmettre des idées; il s’agit essentiellement de : discours; maximes, phrases brèves énonçant des principes moraux ou des réflexions; apologues, récits en vers ou en prose dont
Légèrementblessé, Nicolas en avait gardé une haine contre les japonais, ce qui lui a fait perdre la guerre de Mandchourie en 1905, en sous
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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 2002 Pages 288-289-290-291-292-293 - L'Indochine ? C'est la planète Mars. Ou Neptune, je ne sais pas. Un autre monde qui ne ressemble à rien d'ici imagine une terre où la terre ferme n'existerait pas. Un monde mou, tout mélangé, tout sale. La boue du delta est la matière la plus désagréable que je connaisse. C'est là où ils font pousser leur riz, et il pousse à une vitesse qui fait peur. Pas étonnant que l'on cuise la boue pour en faire des briques c'est un exorcisme, un passage au feu pour qu'enfin ça tienne. Il faut des rituels radicaux, mille degrés au four pour survivre au désespoir qui vous prend devantune terre qui se dérobe toujours, à la vue comme au toucher, sous le pied comme sous la main. Il est impossible de saisir cette boue, elle englue, elle est molle, elle colle et elle pue. "La boue de la rizière colle aux jambes, aspire les pieds, elle se répand sur les mains, les bras, on en trouve jusque sur le front comme si on était tombé ; la boue vous rampe dessus quand on marche dedans. Et autour des insectes vrombrissent, d'autres grésillent ; tous piquent. Le soleil pèse, on essaye de ne pas le regarder mais il se réfléchit en paillettes blessantes qui bougent sur toutes les flaques d'eau, suivent le regard, éblouissent toujours même quand on baisse les teux. Et ça pue, la sueur coule sous les bras, entre les jambes, et dans les yeux ; mais il faut marcher. Il ne faut rien perdre de l'équipement qui pèse sur nos épaules, des armes que l'on doit garder propres pour qu'elles fonctionnent encore, continuer de marcher sans glisser, sans tomber, et la boue monte jusqu'aux genoux. Et en plus d'être naturellement toxique, cette boue est piégée par ceux que l'on chasse. Parfois elle explose. Parfois elle se dérobe, on s'enfonce de vingt centimètres et des pointes de bambou empalent le pied. Parfois un coup de feu part d'un buisson au bord d'un village, ou de derrière une diguette, et un homme tombe. On se précipite vers le lieu d'où est parti le coup, on se précipite avec cette grosse boue qui colle, on n'avance pas, et quand on arrive, il ne reste rien, pas une trace. On reste con devant cet homme couché, sous un ciel trop grand pour nous. Il nous faudra maintenant le porter. Il semblait être tombé tout seul, d'un coup, et le claquement sec que nous avions entendu avant qu'il ne tombe devait être la rupture du fil qui le tenait debout. Dans le Delta nous marchons comme des marionnettes, à contre-jour sur le ciel, chacun de nos mouvements paraît empoté et prévisible. Nous n'avons plus que des membres de bois ; la chaleur, la sueur, l'immense fatigue nous rendent insensibles et idiots. Les paysans nous regardent passer sans rien changer à leurs gestes. Ils s'accroupissent sur les talus qui surélèvent leurs villages, à faire je ne sais quoi, ou bien ils se penchent sur cette boue qu'ils cultivent avec des outils très simples. Ils ne bougent presque pas. Ils ne disent rien, ils ne s'enfuient pas, ils nous regardent juste passer ; et puis ils se plient à nouveau et continuent leurs pauvres tâches, comme si ce qu'ils faisaient valait l'éternité et nous rien, comme s'ils étaient là pour toujours, et nous de passage, malgré notre lenteur. "Les enfants bougent davantage, ils nous suivent en courant sur les diguettes, ils poussent de petits cris bien plus aigus que ceux des enfants d'ici. Mais eux aussi s'immobilisent. Ils restent souvent couchés qur le dos de leur buffle noir, et celui-là avance, broute, bois dans les ruisseaux sans même remarquer qu'il porte un enfant endormi. "Nous savons que tous renseignent le Viêt-minh. Ils lui indiquent nos déplacements, notre latériel, et notre nombre. Et même certains sont des combattants, l'uniforme des milices locales viêt-minhs est le pyjama noir des paysans. Ils enroulent leur fusil avec quelques balles dans une toile goudronnée et ils l'enfouissent dans la rizière. Ils savent où c'est, nous on ne le trouvera pas ; et quand nous sommes passés, ils le ressortent. D'autres, surtout les enfants, déclenchent des pièges à distance, des grenades reliées à un fil, attachées à un piquet planté dans la boue, à une touffe d'arbres sur la digue, à l'intérieur d'un buisson. Quand nous passons ils tirent le fil et ça explose. Alors nous avons appris à éloigner les enfants de nous, à tirer autour d'eux pour qu'ils ne nous approchent pas. Nous avons appris à nous méfier surtout de ceux qui semblent dormir sur le dos des buffles noirs. La ficelle qu'ils tiennent à la main et qui plonge dans la boue, ce peut être la longe de l'animal ou bien le déclencheur du piège. Nous tirons devant eux pour qu'ils s'éloignent et parfois nous abattons le buffle à la mitrailleuse. Quand un coup de feu part, nous attrapons tout le monde, tous ceux qui travaillent dans la rizière. Nous sentons les doigts, nous dénudons l'épaule, et ceux qui sentent la poudre, ceux qui montrent sur leur peau l'hématome du recul, nous les traitons très durement. Devant les villages, nous mitraillons les buissons avant d'aller plus avant. Quand plus rien ne bouge nous entrons. Les gens sont partis. Ils ont peur de nous. Et puis le Viêt-minh aussi leur dit de partir. "Les villages sont comme des îles. Des îles presque au sec sur un petit talus, des villes fermées d'un rideau d'arbres ; du dehors on ne voit rien. Dans le village la terre est ferme, on ne s'enfonce plus. Nous sommes presque au sec, devant des maisons. Nous voyons parfois des gens, et ils ne nous disent rien. Et ceci presque toujours déclenche notre fureur. Pas leur silence, mais d'être au sec. De voir enfin quelque chose. De pouvoir sentir enfin un peu de terre et qu'elle reste dans la main. Comme si dans le village nous pouvions agir, et l'action est une réaction à la dissolution, à l'engluement, à l'impuissance. Nous agissons sévèrement dès que nous pouvons agir. Nous avons détruit des villages. Nous avons la puissance pour le faire ; elle est la marque même de notre puissance. "Heureusement que nous avons des machines. Des radios qui nous relient les uns aux autres ; des avions qui bourdonnent au-dessus de nous, des avions fragiles et seuls mais qui voient d'en haut mieux que nous, collés au sol que nous sommes ; et des chars amphibies qui roulent sur l'eau, dans la boue, aussi bien que sur la route, et qui nous portent parfois, serrés sur leur blindage brûlant. Les machines nous sauvent. Sans elles nous serions engloutis dans cette boue, et dévorés par les racines de leur riz. "L'Indochine c'est la planète Mars, ou Neptune, qui ne ressemble à rien que nous connaissions et où il est si facile de mourir. Mais parfois elle nous accorde l'éblouissement. On prend pied sur un village et pour une fois on ne mitraille rien. Au milieu s'élève une pagode, le seul bâtiment en dur. Souvent les pagodes servent de bunker dans les batailles contre le Viêtminh ; pour nous, ou pour eux. Mais parfois on entre en paix dans l'ombre presque fraîche, et dedans, quand les yeux s'habituent, on ne voit que rouge sombre, bois profond, dorures, et des dizaines de petites flammes. Un bouddha doré brille dans l'ombre, la lueur tremblante des bougies coule autour de lui comme une eau claire, lui donne une peau lumineuse qui frissonne. Les yeux clos il lève la main, et ce geste fait un bien fou. On respire. Des moines accroupis sont entortillés dans de grands draps orange. Ils marmonnent, ils tapent sur des gongs, ils font brûler de l'encens. On voudrait se raser le crâne, s'entortiller dans un linge et rester là. Quand on retourne au soleil, quand on s'enfonce à nouveau dans la boue du delta, au premier pas qui s'enfonce on en pleurerait. "Les types là-bas ne nous disent rien. Ils sont plus petits que nous, ils sont souvent accroupis, et leur politesse déconseille de regarder en face. Alors nos regards ne se croisent pas. Quand ils parlent c'est une langue qui crie que nous ne comprenons pas. J'ai l'impression de croiser des Martiens ; et de combattre certains d'entre eux que je ne distingue pas des autres. Mais parfois ils nous parlent des paysans dans un village, ou des citadins qui sont allés tout autant à l'école que nous, ou de soldats engagés avec nous. Quand ils nous parlent en français cela nous soulage de tout ce que nous vivons et commettons chaque jour ; en quelques mots nous pouvons croire oublier les horreurs et qu'elles ne reviendront plus. Nous regardons leurs femmes qui sont belles comme des voilages comme des palmes, comme quelque chose de souple qui flotte au vent. Nous rêvons qu'il soit possible de vivre là. Certains d'entre nous le font. Ils s'établissent dans la montagne, où l'air est plus frais, où la guerre est moins présente, et dans la lumière du matin ces montagnes flottent sur une mer de brume lumineuse. Nous pouvons rêver de l'éternité. "En Indochine nous vivons la plus grande horreur et la plus grande beauté ; le froid le plus pénible dans la montagne et la chaleur deux mille mètres plus bas ; nous souffrons de la plus grande sécheresse sur les calcaires en pointe et la plus grande humidité dans les marécages du delta ; la peur la plus constante dans les attaques nuit et jour et une immense sérénité devant certaines beautés que nous ne savions pas exister sur Terre ; nous oscillons entre le recroquevillement et l'exaltation. C'est une très violente épreuve, nous sommes soumis à des extrêmes contradictoires, et j'ai peur que nous nous fendions comme le bois quand on se soumet à ces épreuves-là. Je ne sais pas dans quel état nous serons ensuite ; enfin ceux qui ne mourront pas, car l'on meurt vite." Published by alexlechti - dans Alexis JENNI
©Panini Comics 2015 David, Peter/Koblish Album créé dans la bedetheque le 02/01/2016 Dernière modification le 02/01/2018 à 2345 par Jean-Phi L'art de la guerre Une BD de et Scott Koblish chez Panini Comics 100% Marvel - 2015 David, Peter Scénario Glass, Adam Scénario Koblish, Scott Dessin Medina, Paco Dessin Staples, Greg Couleurs Delgado, Edgar Couleurs Koblish, Scott Encrage Vlasco, Juan Encrage Truccone, Lucia Lettrage Koblish, Scott Couverture Manesse, Jérémy Traduction 11/2015 04 novembre 2015 88 pages 978-2-8094-5114-6 Format comics 266722 Découvrez les origines de Deadpool et de l'équipe de mercenaires dont il faisait partie avec Bullseye, Silver Sable et Domino. Devant une commission spéciale du Sénat des États-Unis, Wade Wilson devra raconter tout le vérité et rien que la vérité sur un massacre perpétré au Mexique. A moins que... Au programme de cet album, Il faut soigner le soldat Wilson, un récit complet mené tambour battant par le romancier Duane Swierczynski The Punisher et le dessinateur Jason Pearson Body Bags Note des lecteurs Currently 1 2 3 4 5 6 Note 4 votes Détail de l'édition La Série Poster un avis sur cet album L'avis des visiteurs Toutes les éditions de cet album ©Panini Comics 2015 David, Peter/Koblish L'art de la guerre Identifiant 266722 Scénario David, Peter Glass, Adam Dessin Koblish, Scott Medina, Paco Couleurs Staples, Greg Delgado, Edgar Encrage Koblish, Scott Vlasco, Juan Lettrage Truccone, Lucia Couverture Koblish, Scott Traduction Manesse, Jérémy Dépot légal 11/2015 Parution le 04/11/2015 Estimation non coté Editeur Panini Comics Collection 100% Marvel Format Format comics ISBN 978-2-8094-5114-6 Planches 88 Poids 462 g Autres infos Créé le 02/01/2016 modifié le 02/01/2018 2345 Info édition Contient Deadpool's Art of War 2014 1-4 et l'histoire "La Dame Chance" "Luck Be a Lady", 8 planches parue initialement dans Deadpool 2008 1000.
Programmes scolaires français Histoire, Arts - 3e, 1re • Équivalence canadienne Secondaire, 2e cycleIntroductionLa Première Guerre mondiale modifie profondément le regard que portent les artistes sur la guerre, ces derniers délaissant petit à petit une forme d’exaltation pour une dénonciation de la violence et de la barbarie. Longtemps, en effet, l’art a célébré le courage, le patriotisme et le sacrifice de soi, au travers de héros illustres – comme ceux de l’Iliade – et la guerre a inspiré les artistes de tout temps, à travers toutes les périodes. Cette inspiration est aussi due au fait que les œuvres qui traitent de la guerre étaient souvent des commandes, afin de valoriser un gouvernement ou un homme. Par ailleurs, avant que n’apparaisse la conscription, en 1914 – et à de rares exceptions –, les artistes contemporains des guerres qu’ils représentaient n’y participaient pas eux-mêmes. Pour cette guerre-ci, les artistes – écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens – sont massivement mobilisés, voire s’engagent volontairement, portés par l’élan patriotique. Aussi peuvent-ils raconter, peindre, dessiner ce qu’ils vivent et ce qu’ils voient, laissant à la postérité, à travers des œuvres aux formes souvent nouvelles, d’authentiques témoignages. Ce dossier propose quelques exemples d’œuvres que la guerre a inspirées à des artistes qui ont participé au combat, et d’autres dont les auteurs ont saisi ce thème bien des années plus tard. Chacun, à sa manière, tente de représenter l’indicible brutalité des combats, la douleur des femmes et des enfants livrés à eux-mêmes, la peur face à la mort mais aussi, parfois, une certaine fascination face à cette guerre moderne et et récits autobiographiquesParmi les nombreux écrivains engagés dans la guerre, on peut citer les Français Guillaume Apollinaire, Alain-Fournier, Blaise Cendrars, Joseph Kessel, Henri Barbusse, Louis-Ferdinand Céline, Jean Giraudoux, Raymond Dorgelès, Charles Péguy, Jean Giono, Roger Vercel, Louis Aragon, Romain Rolland, l’Américain Ernest Hemingway, qui fut ambulancier en Italie, les Allemands Ernst Jünger et Erich Maria Remarque, les Anglais Harry Fellows et J. R. R. Tolkien, qui ont participé à la bataille de la Somme, le Belge Émile Verhaeren ou encore l’Autrichien Stephen Zweig qui, jugé inapte au combat, fut enrôlé dans les services de propagande. Beaucoup furent blessés ; Cendrars fut amputé d’un bras. D’autres y perdirent la vie comme Alain-Fournier, Charles Péguy ou encore Apollinaire, décédé en 1918 de la grippe espagnole après avoir été blessé en 1915 au front. Pour ces hommes, il est nécessaire de témoigner de l’horreur de la guerre. Ceux qui se sont engagés par exaltation patriotique expriment leur désillusion face à l’absurdité et à la cruauté des combats. Ceux qui cherchent à publier leur témoignage durant la guerre, pour leur part, sont confrontés à une censure qui ne souhaite pas voir se répandre un esprit pacifiste et antimilitariste. Certains auteurs Céline, Remarque, Giono, Hemingway attendront plusieurs années après la guerre, et la menace d’un nouveau conflit, pour publier des romans largement inspirés de leur expérience. Les écrits postérieurs à la guerre rencontrent pourtant moins de succès. Les Croix de bois de Raymond Dorgelès, par exemple, manque le prix Goncourt de peu, au profit de Proust À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Le public est en effet à ce moment lassé des récits du conflit ; par ailleurs, les mouvements dadaïste et surréaliste contribuent également à dévaloriser ces témoignages pendant l’ côtés des hommes de lettres, de nombreux autres combattants ont aussi témoigné par écrit de leur expérience, du simple soldat aux plus hauts chefs de guerre tels que Philippe Pétain ou Erich von Falkenhayn. Aux côtés des hommes de lettres, de nombreux autres combattants ont aussi témoigné par écrit de leur expérience, du simple soldat aux plus hauts chefs de guerre tels que Philippe Pétain ou Erich von Falkenhayn. Henri Barbusse, Le Feu, Journal d’une escouade, 1916Engagé volontaire en 1914, à 41 ans, Henri Barbusse raconte son expérience personnelle du front et des tranchées de décembre 1914 à 1916. Ce récit est paru sous forme de feuilleton dans le quotidien L’Œuvre à partir du 3 août 1916, puis intégralement à la fin de novembre 1916, aux éditions Flammarion. Il reçoit le prix Goncourt la même année. Un passage de ce récit inspirera en 1934 au peintre allemand Otto Dix le tableau Flandres, sa dernière toile consacrée à la grande guerre. Roland Dorgelès, Les Croix de bois, 1919Dorgelès s’inspire de sa propre expérience de la guerre mais il publie son roman sous un pseudonyme. À travers une succession de tableaux sans véritables liens entre eux, il dépeint le quotidien des soldats, au front comme à l’arrière. Le titre fait référence aux croix de bois plantées le long des chemins pour les soldats morts au front. Si le roman manque le Goncourt de peu l’année de sa publication 1919, il obtient néanmoins le prix Femina et rencontre un succès considérable. Maurice Genevoix, Ceux de 14, 1949 récits de guerre publiés de 1916 à 1921 réunisLe lieutenant Maurice Genevoix a 24 ans quand il est mobilisé pour partir au front. Au long de cinq livres réunis dans le recueil Ceux de 14, il raconte les huit mois qu’il a passés au front, à Verdun notamment face à l’horreur des conditions de vie dans les combats – boue, froid et mort –, le lecteur assiste à l’amenuisement de l’enthousiasme patriotique du soldat et à la montée du découragement. Blessé en 1915, Maurice Genevoix sera réformé. Ernst Jünger, Orages d’aciers, 1920L’auteur a rédigé ce récit autobiographique à partir de ses carnets de guerre et de photographies. Il y raconte son quotidien de soldat pendant quatre ans dans un récit lucide et parfois étrangement détaché des horreurs de la guerre. Jünger aura du mal à publier ce premier roman dans une société d’après-guerre lassée de ce genre de récit, très répandu pendant la période du conflit. Joseph Kessel, L’Équipage, 1923Brancardier durant quelques mois en 1914, Joseph Kessel rejoint l’aviation à la fin de l’année 1916. Il s’inspire de cette expérience pour rédiger ce récit qui raconte les aventures d’Herbillon, un jeune homme qui quitte sa famille et celle qu’il aime pour s’engager dans l’aviation. Kessel offre dans ce récit une vision assez idéalisée de la guerre, qui n’apparaît qu’en arrière-plan, mettant surtout en avant le courage et la fraternité des hommes face à la mort. Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes, 1929D’inspiration autobiographique, ce roman est écrit à la première personne. L’histoire se déroule en Italie pendant la Grande Guerre. Elle raconte l’histoire d’amour tragique entre Frederic Henry, un ambulancier américain engagé dans la Croix-Rouge italienne comme le fut Hemingway, et Catherine Barkley, une infirmière anglaise. Erich Maria Remarque, À l’ouest rien de nouveau, 1929Erich Maria Remarque s’inspire de son expérience personnelle de la guerre pour écrire ce roman pacifiste qui connut un succès mondial. Le héros, Paul Bäumer, est un jeune soldat allemand de 19 ans. Influencé par la propagande patriotique, il s’engage volontairement et découvre sur le front ouest l’horreur de la guerre. Ce roman, considéré comme relevant de l’ art dégénéré » par les nazis, subira les autodafés allemands en 1933. Robert Musil, L’Homme sans qualités, 1930-1932Robert Musil participe à la Première Guerre mondiale, notamment sur le front italien. Démobilisé en 1916 pour une neurasthénie dépressive, il fait la connaissance de Franz Kafka lors d’un séjour dans un hôpital de Prague. Il finit ensuite la guerre dans le service de presse de l’armée. C’est à partir de notes prises entre 1915 et 1917 dans des carnets qu’il écrit le roman L’Homme sans qualités, considéré comme son chef-d’œuvre par la critique. Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932Ce récit à la première personne, largement inspiré de la vie de l’auteur, est mené par Ferdinand Bardamu. Dans les premiers chapitres, le personnage raconte l’enfer de la Première Guerre mondiale et la violence absurde des tranchées. Ce premier roman de Céline manque de deux voix le prix Goncourt mais obtient le prix Renaudot. Il est remarquable pour son style caractérisé par l’utilisation de points de suspension, d’onomatopées, de langage oral » et argotique. L’auteur, blessé à la guerre et traumatisé par cette expérience, dénonce toute forme d’héroïsme pour lui, la seule option raisonnable face à la folie guerrière est la lâcheté. Roger Vercel, Capitaine Conan, 1934Dans ce roman partiellement autobiographique, Roger Vercel s’inspire de sa participation à la Grande Guerre, notamment sur le front d’Orient au cours de l’année qui suit l’Armistice. En 1918, les hommes du Capitaine Conan ne sont pas démobilisés ils sont envoyés en mission de soutien en Roumanie. Mais ces soldats, qui sont plongés dans l’inaction, ont du mal à respecter les lois de la vie civile. Norbert, narrateur et ami de Conan, est chargé d’enquêter sur des méfaits de ce type en vue de traduire les soldats incriminés devant le conseil de guerre. Mais Conan est accusé de meurtre Norbert abandonne son nouveau poste en refusant d’accuser son camarade. Le roman a reçu le prix Goncourt. Jean Giono, Recherche de la pureté », 1939Ce texte autobiographique est publié en préface des Carnets Moleskine de Lucien Jacques Gallimard, 1939. Il s’agit d’un pamphlet qui témoigne des positions pacifistes de Giono dans les années 1930. L’auteur, qui a été traumatisé par son expérience de la Première Guerre mondiale, est condamné à deux mois de prison pour appel à la désertion. Ce texte a été réédité en 2013 dans le recueil Écrits pacifistes. D’autres textes de Giono dénoncent l’horreur de la guerre, tel le roman Le Grand Troupeau, publié en 1931, ou Refus d’obéissance » 1934, un texte que l’on retrouve aussi dans le recueil Écrits pacifistes. Blaise Cendrars, La Main coupée, 1946En août 1914, le poète Blaise Cendrars s’engage comme volontaire dans l’armée française. Il combat sur le front de la Somme puis participe à la grande offensive de Champagne. Grièvement blessé lors d’un assaut le 28 septembre 1915, il est amputé de son bras droit… d’écrivain. Dans La Main coupée, Cendrars raconte l’année qu’il a passée au front en condamnant les idéologies qui ont déchaîné et exploité la violence. On retrouve aussi le récit de son amputation dans la nouvelle autobiographique J’ai saigné, écrite en 1938 Paris, Hatier, coll. Classiques et Cie. Collège », 2012. En 1919, Cendrars assistera aussi le réalisateur Abel Gance lors du tournage du film pacifiste J’ de lettresJean-Pierre Guéno, Paroles de poilus. Lettres et carnets du front, 1914-1918, 1993 Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans. Se prénommaient Gaston, Louis, René. Ils étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, bourgeois ou ouvriers. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers… Voyageurs sans bagage, ils durent quitter leurs femmes et leurs enfants et revêtir l’uniforme mal coupé, chausser les godillots cloutés… Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures… Huit mille personnes ont répondu à l’appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu’ici éparpillées, de ces Poilus. Cet ouvrage en présente une centaine. »PoésieJohn McCrae, In Flanders Fields », mai 1915On reconnaît le coquelicot comme le symbole du souvenir à la mémoire des soldats du Canada, des pays du Commonwealth britannique et des États-Unis qui sont morts à la guerre. Cette fleur doit son importance au poème "Au champ d’honneur” composé par le major John McCrae nommé plus tard lieutenant-colonel, un chirurgien dans l’artillerie canadienne, au cours de la deuxième bataille d’Ypres, en Belgique, en mai 1915. Les références au coquelicot aux première et dernière strophes du poème de la guerre le plus lu et le plus souvent cité ont contribué à donner à la fleur le statut d’emblème du souvenir et de symbole d’une croissance nouvelle parmi la dévastation laissée par la guerre. Au champ d’honneurAu champ d’honneur, les coquelicotsSont parsemés de lot en lotAuprès des croix ; et dans l’espaceLes alouettes devenues lassesMêlent leurs chants au sifflementDes sommes mortsNous qui songions la veille encor’À nos parents, à nos amis,C’est nous qui reposons iciAu champ d’ vous jeunes désabusésÀ vous de porter l’oriflammeEt de garder au fond de l’âmeLe goût de vivre en le défi, sinonLes coquelicots se fanerontAu champ d’honneur. Adaptation française du poème In Flanders Fields » de John McCrae par le Major Jean Pariseau Wilfred Owen, Dulce et decorum est », 1917Dans ce poème écrit en octobre 1917 et publié à titre posthume en 1920, ce jeune Britannique dénonce l’exaltation guerrière d’un célèbre vers du poète latin Horace Il est doux et honorable de mourir pour la patrie. » Il meurt à 25 ans, le 4 novembre 1918, sept jours avant l’Armistice. Dulce et decorum estPliés en deux, tels de vieux mendiants sous leur sac,Harpies cagneuses et crachotantes, à coups de juronsNous pataugions dans la gadoue, hors des obsédants éclairs,Et pesamment clopinions vers notre lointain marche en dormant. Beaucoup ont perdu leurs bottesEt s’en vont, boiteux chaussés de sang, estropiés, aveugles ;Ivres de fatigue, sourds même aux hululements estompésDes Cinq-Neuf distancés qui s’abattent vers l’ gaz ! Le gaz ! Vite, les gars ! Effarés et à tâtonsCoiffant juste à temps les casques malaisés ;Mais quelqu’un hurle encore et trébucheEt s’effondre, se débattant, comme enlisé dans le feu ou la chaux…Vaguement, par les vitres embuées, l’épaisse lumière verte,Comme sous un océan de vert, je le vis se tous mes rêves, sous mes yeux impuissants,Il plonge vers moi, se vide à flots, s’étouffe, il se des rêves suffocants vos pas à vous aussiSuivent le fourgon où nous l’avons jeté,Que votre regard croise ces yeux blancs convulsés,Cette face qui pend, comme d’un démon écœuré de péché ;Que votre oreille à chaque cahot capte ces gargouillisDe sang jaillissant des poumons rongés d’écume,Ce cancer obscène, ce rebut d’amertume tel, immonde,L’ulcère à jamais corrompant la langue innocente,Ami, avec ce bel entrain plus ne direzAux enfants brûlant de gloire désespérée,Ce Mensonge de toujours Dulce et decorum estPro patria de Wilfred Owen, Dulce et décorum est », 1917, in Et chaque lent crépuscule de Wilfred Owen, traduction de Xavier Hanotte, Bordeaux, Castor Astral, 2012. Guillaume Apollinaire, Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre, 1918 ; Poèmes à Lou, 1947En novembre 1914, Apollinaire s’engage volontairement dans l’armée française. Blessé à la tête en 1915, il meurt en 1918 de la grippe espagnole après avoir publié ses Calligrammes qu’il dédie à un camarade mort au champ d’honneur en 1917. Parmi ces jeux d’écriture », on peut retenir La colombe poignardée et le jet d’eau ».En 1914, Apollinaire fait aussi la rencontre de Lou, avec qui il passe une semaine à Nîmes. Apollinaire lui écrit tous les jours, entre 1914 et 1916, des lettres et des poèmes Poèmes à Lou qui seront publiés après sa mort, en Apollinaire, La Colombe poignardée et le jet d’eau, 1918, calligrammeParis, Bibliothèque Littéraire Jacques Gumilëv, L’ouvrier », 1918Homme de lettres et historien russe marié puis divorcé de la poétesse Anna Akhmatova, Nicolaï Gumilëv est le chef de file de la Guilde des poètes. Engagé dans le corps expéditionnaire russe en France, en 1914, il s’oppose ouvertement au régime bolchevique et sera exécuté en 1921. L’ouvrierIl est devant son fourneau qui un homme vieillissant, regard calme a l’air humbleParce qu’il cligne ses yeux ses camarades sont lui ne dort pas est occupé à fondre la balleQui me séparera de la a fini ; ses yeux sont peut rentrer. La lune lui, dans le grand lit,L’attend sa femme, somnolente et balle qu’il a coulée siffleraPar-dessus l’écume de la Divina grise,La balle qu’il a coulée trouveraMa poitrine qu’elle tomberai, touché à mort,Je reverrai défiler mon passé,Mon sang coulera à flotsSur l’herbe sèche, poussiéreuse, alors paiera le prixDe ma vie brève et blouse grisâtre, vieillissant,Un petit homme a fait de Nicolaï Gumilëv, L’ouvrier », 1918, in Poèmes, traduction de Serge Fauchereau, Neuilly-lès-Dijon, Éditions du Murmure, Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu, 1935L’auteur, qui a été blessé durant la Première Guerre mondiale, est un ardent pacifiste. Il écrit cette pièce à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, établissant un parallèle entre la situation en Europe, où tout le monde voit venir la guerre sans rien faire, et celle de l’Antiquité face à une guerre de Troie annoncée par Cassandre que personne ne veut croire. La pièce est créée par Louis Jouvet et sa troupe le 22 novembre 1935 au théâtre de l’ contemporainsDepuis une trentaine d’années, la littérature contemporaine s’est emparée du thème de la Première Guerre mondiale, comme pour remplacer les voix des derniers poilus disparus. Le prix Goncourt 2013 attribué au roman de Pierre Lemaître, Au revoir, là-haut – qui débute dans une tranchée –, témoigne de cette tendance. Les récits à la première personne sont privilégiés mais ces fictions, très documentées, donnent la parole à des témoins que l’on avait moins entendus dans les écrits des écrivains mobilisés, comme les femmes et les enfants. Roch Carrier, La Guerre, Yes Sir!, 1968Roch Carrier est surtout connu pour son premier roman, La Guerre, Yes Sir!, paru en 1968, qui a été traduit en anglais et adapté au théâtre et au cinéma. L’histoire, très allégorique, prend place autour de la veillée et de la cérémonie mortuaires d’un héros de guerre. Sise dans le Québec profond durant la Première Guerre mondiale, elle traite des thèmes de la conscription et des relations tendues entre les communautés francophone et anglophone à cette époque. Jean Rouaud, Les Champs d’honneur, 1990L’auteur retrace son histoire familiale au travers de courtes biographies. Il évoque notamment la disparition de deux frères de la famille, Émile et Joseph ses grands-oncles, victimes de la Grande Guerre en 1916. Plus que l’horreur des tranchées, les Champs d’honneur dépeint le vide et la souffrance créés par la Grande Guerre. Ce roman a obtenu le prix Goncourt. Joseph Boyden, Le Chemin des âmes, 2006Ce premier roman de Boyden s’inspire de l’histoire réelle d’un Amérindien et rend hommage aux autochtones canadiens engagés dans la Grande Guerre. Deux Cris, Xavier et Elijah, se sont enrôlés. Xavier, de retour au pays, voyage durant trois jours en canot pour retourner chez lui. Il revit alors les moments difficiles et traumatisants de son expérience combattante. Sébastien Japrisot, Un long dimanche de fiançailles, 1991Cinq soldats qui veulent échapper à l’enfer des tranchées se mutilent volontairement en espérant obtenir une permission. Pris sur le fait, ils sont condamnés à mort pour l’exemple. Mais Mathilde, la petite amie de Manech, l’un d’entre eux, ne veut en aucun cas croire en la mort de son fiancé et enquête afin de pouvoir le retrouver. Ce roman policier historique a reçu le prix Interallié et a été adapté au cinéma par Jean-Pierre Jeunet en 2004. Marc Dugain, La Chambre des officiers, 1998Ce bref roman évoque les gueules cassées », les soldats défigurés durant la Première Guerre mondiale comme le jeune lieutenant Adrien qui, entre les mains des chirurgiens et les soins de son infirmière, commence à s’accepter et amorce son retour à la vie sociale. Le roman est un succès de librairie couronné par une vingtaine de prix littéraires. Il a été adapté au cinéma par Marc Dupeyron en 2000. Laurent Gaudé, Cris, 2001Pour son premier roman, Laurent Gaudé imagine un récit polyphonique on découvre la guerre, au front et à l’arrière, à travers différentes voix, différents cris ceux de Jules, de Marius, de Boris, de Ripoll, de Rénier, de Barboni ou de M’Bossolo. Chacun agit et réagit à sa manière face à l’horreur et à la folie des combats. Alice Ferney, Dans la guerre, 2003L’auteur suit l’itinéraire de Jules, un paysan landais, depuis son ordre de mobilisation en août 1914, jusqu’à l’Armistice. Alice Ferney relate le quotidien des tranchées et celui des femmes restées à l’arrière, à la terre, dans l’attente. Claude Michelet, En attendant minuit, 2003L’auteur évoque alternativement deux heures de la vie de deux personnages vivant la guerre à la fin de l’année 1916 Jean, qui attend la relève dans sa tranchée, et sa femme Marthe, qui se retrouve seule avec son angoisse dans sa ferme de Brive. Bénédicte des Mazery, La Vie tranchée, 2008Louis Saint-Gervais, un soldat réformé pour blessure, est affecté au service du contrôle postal le jeune homme doit censurer les lettres de ses camarades du front. Dans son roman, l’auteur cite des lettres de poilus authentiques. L’ouvrage existe dans une édition simplifiée notes, questionnaires et dossier d'accompagnement par Isabelle de Lisle, Paris, Hachette Éducation, coll. Classiques Hachette. Bibliocollège », n° 75, 2009. Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, 2013Le récit débute dans l’enfer des tranchées. Deux rescapés – l’un traumatisé, l’autre défiguré – tentent de poursuivre leur vie après la fin de la guerre. Ils décident de prendre leur revanche en réalisant une escroquerie aux monuments aux morts aussi spectaculaire qu’amorale. Ce roman a reçu le prix de jeunesseDepuis une dizaine d’années, de nombreux titres de littérature jeunesse, notamment des romans historiques, sont consacrés à la Première Guerre mondiale, permettant une nouvelle approche pédagogique de cette période historique. Michael Morpurgo, Cheval de guerre, 1982Le récit est mené par Joey, un jeune cheval de ferme qui, après avoir été vendu à des soldats britanniques, devient un cheval de guerre il combat au front, déplace les canons, tire les brancards pour ramener les blessés. Un jour, il est capturé par les Allemands. Ce récit a été adapté au cinéma par Steven Spielberg en 2012. Paule du Bouchet, Le Journal d’Adèle, 1995Adèle, une jeune paysanne de Bourgogne, a bientôt 14 ans. Elle commence son journal intime en juillet 1914 et le tiendra durant les quatre années de guerre. Elle y raconte le départ de ses frères, puis de son père, la solitude des femmes et des enfants face aux travaux des champs, la mort des proches, sa correspondance avec Lucien dont elle est la marraine de guerre. Catherine Cuenca, La Marraine de guerre, 2001Étienne est mobilisé depuis deux ans. Son unique réconfort lui vient de sa correspondance avec Marie-Pierre, sa marraine de guerre. Seuls ses lettres et ses colis lui permettent de supporter la peur de la mort et l’horreur des tranchées. Au cours d’une permission, il décide de rencontrer enfin celle qu’il ne connaît qu’à travers son écriture. Yves Pinguilly, Verdun 1916, Un tirailleur en enfer, 2003En 1915, Tierno, un jeune Guinéen, rejoint Dakar afin de poursuivre ses études. Mais là-bas, il est embarqué de force sur un navire, avec d’autres Africains, à destination de la France. Après un entraînement, il devient tirailleur sénégalais » et part se battre à Verdun. Michael Morpurgo, Soldat Peaceful, 2004Dans la nuit du 24 au 25 juin 1916, Thomas Peaceful, très jeune soldat de l’armée britannique, ne veut surtout pas s’endormir, il veut se souvenir… Le roman retrace son enfance dans la campagne anglaise du début du XXe siècle, jusqu’à son engagement dans l’armée britannique et son parcours en ce début de la guerre de 1914. Un roman qui dénonce et rend hommage aux nombreux soldats qui furent injustement fusillés pour désertion ou lâcheté – dont certains seulement parce qu’ils s’étaient endormis à leur poste. Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, Journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914-1918, Alors que le conflit s’éternise et que, sur le front, les hommes tombent les uns après les autres, Geneviève et sa mère intègrent plusieurs associations d’aide aux soldats. Le jour de ses 16 ans, Geneviève commence à travailler à l’hôpital d’Houlgate où elle trouve sa vocation infirmière. Hervé Giraud, Le Jour où l’on a retrouvé le soldat Botillon, 2013Deux époques nous sont racontées en alternance la guerre de 14-18, à laquelle participe le soldat Botillon, et le début du XXIe siècle, avec le récit d’une fête de famille à l’occasion des 100 ans d’une arrière-grand-mère qui n’est autre que la fille du soldat Botillon, et qui n’a jamais connu son père disparu lors des combats. Paul Dowswell, 11 Novembre, 2014Au matin du 11 novembre 1918, sur le front ouest, le soldat Will Franklin s’apprête à partir en mission, à la recherche de soldats allemands cachés au cœur d’une forêt. Le jeune homme, terrifié par la nouvelle épreuve qu’il doit affronter, ignore, comme ses camarades, que d’ici quelques heures la guerre sera finie. Bandes dessinéesÀ l’exception de Benjamin Rabier, il faut attendre la fin du XXe siècle pour que la bande dessinée, alors en pleine expansion, s’empare du thème de la Première Guerre mondiale. Inspiré par l’histoire de son grand-père, Jacques Tardi s’est tout particulièrement intéressé à cette période historique et lui a consacré plusieurs albums. Benjamin Rabier, Flambeau, Chien de guerre, 1916En 1916, le célèbre illustrateur Benjamin Rabier imagine le personnage de Flambeau, chien de ferme devenu chien de guerre, dans un album illustré très proche de l’univers de la bande dessinée. Vilain et mal-aimé, Flambeau part à la guerre en amateur » et triomphe toujours de l’ennemi. Une œuvre patriotique qui donne un aperçu de ce que pouvait être la propagande destinée aux enfants. Jacques Tardi, C’était la guerre des tranchées, 1993 Jacques Tardi, Jean-Pierre Verney, Putain de guerre, 2008 Kris, Maël, Notre mère la guerre, 4 tomes, 2009-2014Affiches de propagandeLes affiches de propagande sont incontournables, dans toute l’Europe et aux États-Unis, pour exalter l’élan patriotique elles incitent à s’engager et surtout, à participer financièrement à l’effort de guerre en souscrivant aux emprunts d’État. Elles jouent aussi sur les peurs à travers des caricatures effrayantes de l’ennemi, telle cette affiche allemande qui représente un soldat français aux doigts crochus cherchant à s’emparer de l’ début du XXe siècle, vers 1905, et dans la continuité de l’héritage impressionniste, les peintres se réclament de Gauguin, Van Gogh et Cézanne et rompent avec l’ordre établi. Ils peignent au mépris des règles de l’Académie et transgressent le principe d’imitation du monde visible fauvisme, cubisme, futurisme, abstraction constituent de véritables révolutions picturales qui, face aux innovations, inventions et découvertes du début du siècle aviation et cinéma notamment, inventent une nouvelle façon de représenter la réalité et, plus, donnent à voir d’autres réalités que celles des apparences. Ces révolutions sont internationales de Paris à Moscou, de Vienne à Berlin, de Bruxelles à Londres, les artistes échangent, correspondent, et glissent peu à peu vers l’abstraction… La guerre de 14-18 brise l’élan de ce courant créatif. Ainsi, plusieurs mouvements d’avant-garde apparus avant 1914, comme le cubisme, disparaissent à la fin de la guerre. Braque, qui n’a pas laissé un croquis de la guerre, est blessé en 1915 ; Derain, qui passe les quatre années de la guerre dans l’artillerie, remplace à cette occasion la peinture par la photographie. Léger échappe de justesse à Verdun. D’anciens cubistes et fauves sont employés au camouflage. Certains, comme Delaunay et Picabia, quittent la France pour ne pas combattre. En Italie, la mort de Boccioni et de Sant’Elia vide le futurisme de sa substance. Par ailleurs, pour les pays en guerre, il n’est plus question de salons, d’expositions ou de débats artistiques. Cependant, pour certains peintres qui sont mobilisés, la guerre s’impose comme sujet. Comment ont-ils représenté cette guerre d’un genre nouveau, qui ne ressemble en rien aux batailles de jadis ? Les innovations technologiques de cette première guerre industrielle, mais aussi l’effacement des hommes devant les machines et les souffrances conduisent les artistes vers de nouveaux modes d’expression. Les artistes des avant-gardes européennes, expressionnistes, cubistes, futuristes, rompent avec la peinture académique des batailles, qui utilise l’allégorie et le réalisme. Ils inventent une expression nouvelle qui rend compte de la réalité – nouvelle aussi et monstrueuse – à laquelle ils sont confrontés. Fernand Léger, qui représentera en 1917 les soldats en hommes-robots, totalement déshumanisés, dans son tableau La Partie de cartes, écrit en mai 1915 à un ami C’est tout de même une guerre bien curieuse. […] C’est linéaire et sec comme un problème de géométrie. Tant d’obus en tant de temps sur une telle surface, tant d’hommes par mètre et à l’heure fixe en ordre. Tout cela se déclenche mécaniquement. C’est l’abstraction pure, plus pure que la Peinture cubiste "soi-même". Je ne te cache pas ma sympathie pour cette manière-là […] » Fernand Léger, Une correspondance de guerre », Cahiers du musée national d’Art moderne, Paris, 1990.Fernand Léger, La Partie de cartes, 1917Huile sur toile H 1,29 m ; L 1,93 m, Otterlo, musée Britannique Nevinson et le futuriste italien Severini ressentent eux aussi que la guerre moderne doit être peinte de manière moderne. Il est impossible de représenter les explosions des obus, ou le déchaînement de l’artillerie il ne faut plus imiter, il faut transcrire. Pour exprimer la déshumanisation et la violence de la guerre, ces peintres vont briser les lignes, délaisser le détail, pour faire éclater les Nevinson, Explosion d’obus Bursting shell, 1915Huile sur toile H 0,76 m ; L 0,56 m, Royaume-Uni, Londres, Tate Severini, The War La Guerre, 1914Huile sur toile, Allemagne, Munich, Pinakothek der Moderne, Sammlung Moderne expressionnistes allemands, pour leur part, vont vers l’expression des angoisses humaines – tel le cri de désespoir sidéral » qui résonne dans l’œuvre fameuse d’Edvard Munch, que l’on peut considérer comme le précurseur de ce mouvement. La forme expressionniste utilise un trait nerveux et des déformations qui font jaillir émotions et sentiments. Parmi eux, Otto Dix se distingue particulièrement, qui consacre une grande partie de son œuvre à la représentation de la guerre et aux séquelles qu’elle laisse dans la société allemande. La plupart de ses tableaux seront plus tard considérés comme de l’art dégénéré » par les Dix, Autoportrait en soldat, 1914Huile sur papier H 68 cm ; L 53,5 cm, Allemagne, Stuttgart, Kunstmuseum Dix, La Guerre triptique, 1929Contreplaqué, huile sur bois panneau central H 2,04 m ; L 2,04 m ; panneau droit et gauche H 2,04 m ; L 1,02 m ; prédelle H 0,60 m ; L 2,04 m, Allemagne, Dresde, Staatliche Kunstsammlungen, Gemäldegalerie Neue il faut noter que la guerre est couverte par des photographes, des peintres et illustrateurs officiels comme François Flameng, dont les nombreux croquis et dessins sont parus dans la revue L’Illustration. Pour exemple, voici d’autres œuvres inspirées par la Grande Guerre Erich Heckel, Zwei Verwundete, 1915, Xylographie sur papier, Allemagne, Essen, musée Vallotton, Les Barbelés, 1916, Galerie Paul-Vallotton, Kokoschka, Isonzo-Front Le Front d’Isonzo, 1916, Musée Jenisch, Grosz, Explosion, 1917, Museum of Modern Art, New Gromaire, La Guerre, 1925, Musée d’Art moderne de la Ville de Ottawa, la salle du Sénat contient une série de grandes peintures sur la Grande Guerre, commissionnées par le Canada mais pour la plupart exécutées par des Britanniques. Il est facile d’obtenir une brochure sur le sujet voir Internet. Le Musée canadien de la guerre possède également une imposante collection de peintures réalisées par des Canadiens dont le sujet est la Grande Guerre, à la fin du conflit ou tout de suite après. Entre 2000 et 2005, une exposition itinérante de 60 œuvres de cette collection méconnue du musée a circulé dans le pays, donnant lieu à la brochure Tableaux de guerre, Chefs-d’œuvre du Musée canadien de la guerre 2001. Enfin, on trouve un excellent article de Laura Brandon sur l’art de guerre et les membres du Groupe des Sept sur le site du Musée canadien de la guerre. Tous ceux qui sont nommés ne sont pas allés outre-mer, mais on les a souvent embauchés sur la fin de la guerre pour compléter ce que les Anglais avaient fait jusque-là. La peinture de ceux du Groupe des Sept qui ont participé aux combats ou ont eu l’occasion de voir tout de suite après la guerre les dommages qu’elle avait causés, reste marquée par cette expérience. Une peinture de Jackson, un combattant, faite en Europe durant la guerre est à rapprocher d’autres qu’il a plus tard faites au nord de l’ et monumentsLes sculptures et monuments sont essentiellement des objets commémoratifs. Le monument aux morts fut particulièrement important après la guerre. On en trouve dans pratiquement tous les villages et villes de Benet, Le Poilu victorieux, 1920, monument aux morts une centaine d’exemplaires en France Walter Allward, Parc mémorial canadien de Vimy, 1935-1936, Nord-Pas de Calais, FranceConstantin Brancusi, La Colonne sans fin, 1937, Targu Jiu, RoumanieParc mémorial canadien de Vimy, Pas-de-Calais, 2013CinémaL’historien du cinéma Laurent Veray distingue quatre phases dans la représentation de la Première Guerre mondiale au cinéma. Durant le conflit même, le cinéma joue un rôle important. C’est la première fois que la guerre est filmée. Que ce soient des fictions, des documentaires ou les bandes d’actualité, les films servent la propagande il s’agit souvent de représentations patriotiques qui glorifient l’acte guerrier. Dans cette veine, le film La Bataille de la Somme, qui est réalisé à la demande du gouvernement britannique, sort en salles à Londres en 1916. Aux États-Unis, Charlie Chaplin réalise en 1918 le film The Bond, qui exhorte à la souscription aux Liberty Bonds ». Après la guerre, et surtout dans les années 1930, le cinéma représente la guerre dans une volonté pacifique, voire pacifiste. Puis la Seconde Guerre mondiale éclipsera la Grande Guerre pendant un temps, mais celle-ci fera un retour au cinéma dans les années 1960-1970, dans une vision plus transgressive et plus antimilitariste encore dans le contexte de la décolonisation, la guerre de 14-18 permet de dénoncer d’autres conflits. Enfin, dans les années 1990, avec le retour de la guerre en Europe et à Sarajevo, la Première Guerre mondiale est largement reprise et représentée, comme le point de départ de l’histoire européenne. Malins, McDowell, La Bataille de la Somme The Battle of the Somme, 1916Ce film britannique réalisé par Geoffrey H. Malins et John B. MacDowell en 1916, dès le début de la bataille de la Somme 1er juillet 1916, est considéré comme le premier long métrage documentaire sur la guerre. Il sort à Londres quelques semaines après cette date. Il montre les soldats en action, en mélangeant des événements réels et des actions reconstituées. L’objectif initial du film était de servir à remonter le moral de l’arrière afin de stimuler la mobilisation mais les images, qui laissent apparaître la violence de la guerre moderne, choquent au contraire. Trente salles projettent le film à Londres ; à l’automne 1916, 20 millions de Britanniques l’ont vu. La Bataille de la Somme compte parmi l’un des films que la censure canadienne accepte, et même, elle encourage sa diffusion. Abel Gance, J’accuse, 1919Ce film muet qui représente la mort de masse est l’un des tout premiers longs métrages pacifistes. Les morts y sont joués par des soldats permissionnaires qui retourneront au combat après le tournage. Le réalisateur y fait aussi figurer des gueules cassées. Abel Gance en réalisera une seconde version, parlante, en 1937. Le film met en relief deux hommes que tout sépare issus d’un même village. L’un, Jean Diaz, est poète et porte la joie de vivre, l’autre, François Laurin, est une brute qui rend sa femme, Édith, contrainte au mariage par son père, malheureuse. Jean et Édith tombent amoureux. La guerre éclate. Jean et François apprennent à se connaître pendant la guerre. Édith est déportée en Allemagne comme toutes les femmes de son village. Elle est violée par des soldats et parvient à s’échapper et rentre chez elle. Mais François meurt à la guerre, quant à Jean, il devient fou, il a des visions macabres qui dénoncent et accusent les horreurs de la guerre et il finit par mourir également. » Léon Poirier, Verdun, visions d’Histoire, 1928Sorti à l’occasion de la commémoration des 10 ans de l’Armistice, ce film qui retrace la bataille de Verdun est à mi-chemin entre le documentaire et l’œuvre de fiction. Il est composé de trois actes ou visions » la Force, l’Enfer et le Destin. Lewis Milestone, À l’Ouest rien de nouveau, 1930 d’après le roman d’Erich Maria Remarque Raymond Bernard, Les Croix de Bois, 1931 d’après le roman de Dorgelès. Jean Renoir, La Grande Illusion, 1937 […] Deux soldats français sont faits prisonniers par le commandant von Rauffenstein, un Allemand raffiné et respectueux. Conduits dans un camp de prisonniers, ils aident leurs compagnons de chambrée à creuser un tunnel secret. Mais à la veille de leur évasion, les détenus sont transférés. Ils sont finalement emmenés dans une forteresse de haute sécurité dirigée par von Rauffenstein. Celui-ci traite les prisonniers avec courtoisie […] Mais les officiers français préparent une nouvelle évasion. » Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire, 1957Dans ce film en noir et blanc d’après le livre éponyme de Humphrey Cobb, 1935, Kubrick aborde le rôle qu’ont joué certains officiers en défendant des soldats accusés d’abandon de poste. En 1916, un général veut faire fusiller la totalité des soldats encore en vie après un assaut, les accusant de lui avoir désobéi en refusant d’aller au front comme les autres… Il est tempéré par le colonel Dax seuls trois soldats désignés au hasard seront jugés et tués pour l’exemple »… Cette œuvre fut censurée en France pendant près de 20 ans, par peur de porter atteinte à la dignité de l’armée française ». Bertrand Tavernier, Capitaine Conan, 1996 d’après le roman de R. Vercel François Dupeyron, La Chambre des officiers, 2000 d’après le roman de M. Dugain Jean-Pierre Jeunet, Un long dimanche de fiançailles, 2004 d’après le roman de S. Japrisot Christian Carion, Joyeux Noël, 2005Ce film évoque la trêve de Noël de 1914 durant laquelle les camps ennemis ont fraternisé, au grand dam de l’état-major. Paul Gross, La Bataille de Passchendaele, 2007 Se déroulant durant la Première Guerre mondiale, La Bataille de Passchendaele raconte l’histoire du sergent Michael Dunne […], un soldat qui est brutalement blessé en France et qui retourne à Calgary émotionnellement et physiquement éprouvé. Lors de son séjour à l’hôpital militaire de Calgary, il rencontre Sarah […], une infirmière mystérieuse et attirante avec qui il développe une passion amoureuse. Lorsque le jeune frère asthmatique de Sarah, Davis […], s’enrôle pour combattre en Europe, Michael se sent contraint de retourner à la guerre pour le protéger. Michael et David, comme de milliers d’autres Canadiens, vont participer à la troisième bataille contre d’impossibles forces, qu’on appelle communément ?Passchendaele”. C’est une histoire de passion, de courage et de dévouement, qui montre l’héroïsme de tous ceux qui ont combattu à la guerre, et de ceux qui les ont appuyés. »Musique et chansonsComme les autres artistes, les musiciens et compositeurs français s’engagent dans la guerre. Arnold Schonberg, le père du dodécaphonisme, et Claude Debussy s’engagent par patriotisme, chacun dans un camp opposé. Le compositeur Maurice Ravel, qui rêve de participer à la guerre, sera cependant réformé à cause de sa trop petite taille. Certains musiciens compositeurs joueront à proximité des lignes pour soutenir le courage des soldats quatuor du général Mangin. La chanson a également joué un grand rôle dans les tranchées patriotique, grivoise ou contestataire, elle permettait aux soldats de se donner du courage. Enfin, l’arrivée des soldats afro-américains sur le continent européen va contribuer à la diffusion d’une nouvelle musique le jazz. Tout au long du XXe siècle, la Grande Guerre continuera à inspirer de grands noms de la chanson française. Claude Debussy, Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon », 1917En février 1917, Debussy compose cette courte pièce, aux accents de désespoir et d’abandon, dont le titre est un vers de Charles Baudelaire. Gustav Holst, Les planètes, Mars, celui qui annonce la guerre, composée en 1914, créée en 1918Œuvre symphonique dans laquelle les rythmes martelés et les dissonances exaltent l’élan et le courage des combattants. Cette marche guerrière puissante et chaotique, parfois utilisée au cinéma, a influencé les compositeurs de musiques de films notamment John Williams musique de Star Wars. Maurice Ravel, Concerto pour la main gauche, 1929-1931Ce concerto pour piano et orchestre en un seul mouvement a été composé entre 1929 et 1931 et créé à Vienne le 5 janvier 1932 par le pianiste autrichien Paul Wittgenstein, qui avait perdu son bras doit sur le front russe. Cette œuvre, destinée à n’être jouée que de la main gauche, nécessite une incroyable virtuosité. La Chanson de Craonne, 1915Cette chanson contestataire fut censurée par le commandement militaire pour ses paroles subversives et antimilitaristes. Jacques Brel, La Colombe, 1959Cette chanson n’évoque pas la guerre de 14-18 en particulier, mais la guerre en général. C’est une chanson pacifiste écrite dans le contexte de la guerre d’Algérie. Barbara, Le Verger en Lorraine, 1962 paroles de J. Poissonnier Maxime le Forestier, Les Lettres, 1975Cette chanson, écrite à partir de lettres retrouvées dans un grenier, évoque la correspondance entre un mari mobilisé et sa femme. Michel Sardou, Verdun, 1979 Notes bibliographie - sitographieBrandon Laura, L’art de guerre canadien » sur le site du Musée canadien de la Françoise, Dagen Philippe dir., Histoire de l’art. Époque contemporaine. XIXe-XXe siècles, Flammarion, 1998 dernière éd. 2003.Milkovitch-Rioux Catherine , L’influence de la Grande Guerre sur la littérature fr
» … Lui, notre colonel, savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient, les Allemands aussi peut-être qu’ils savaient, mais moi, vraiment, je savais pas. Aussi loin que je cherchais dans ma mémoire, je ne leur avais rien fait aux Allemands. J’avais toujours été bien aimable et bien poli avec eux. Je les connaissais un peu les Alle-mands, j’avais même été à l’école chez eux, étant petit, aux environs de Hanovre. J’avais parlé leur langue. C’était alors une masse de petits crétins gueulards avec des yeux pâles et furtifs comme ceux des loups ; on allait toucher ensemble les filles après l’école dans les bois d’alentour, où on tirait aussi à l’arbalète et au pistolet qu’on achetait même quatre marks. On buvait de la bière sucrée. Mais de là à nous tirer maintenant dans le coffret, sans même venir nous parler d’abord et en plein milieu de la route, il y avait de la marge et même un abîme. Trop de guerre en somme c’était tout ce qu’on ne comprenait pas. Ça ne pouvait pas s’était donc passé dans ces gens-là quelque chose d’extraordinaire ? Que je ne ressentais, moi, pas du tout. J’avais pas dû m’en apercevoir…Mes sentiments toujours n’avaient pas changé à leur égard. J’avais comme envie malgré tout d’essayer de comprendre leur brutalité, mais plus encore j’avais envie de m’en aller, énormément, absolument, tellement tout cela m’apparaissait soudain comme l’effet d’une formidable erreur. Dans une histoire pareille, il n’y a rien à faire, il n’y a qu’à foutre le camp », que je me disais, après tout…Au-dessus de nos têtes, à deux millimètres, à un millimètre peut-être des tempes, venaient vibrer l’un derrière l’autre ces longs fils d’acier tentants que tracent les balles qui veulent vous tuer, dans l’air chaud d’ je ne m’étais senti aussi inutile parmi toutes ces balles et les lumières de ce soleil. Une immense, universelle n’avais que vingt ans d’âge à ce moment-là. Fermes désertes au loin, des églises vides et ouvertes, comme si les paysans étaient partis de ces hameaux pour la journée, tous, pour une fête à l’autre bout du canton, et qu’ils nous eussent laissé en confiance tout ce qu’ils possédaient, leur campagne, les charrettes, brancards en l’air, leurs champs, leurs enclos, la route, les arbres et même les vaches, un chien avec sa chaîne, tout quoi. Pour qu’on se trouve bien tranquilles à faire ce qu’on voudrait pendant leur absence. Ça avait l’air gentil de leur part. Tout de même, s’ils n’étaient pas ailleurs ! — que je me disais — s’il y avait encore eu du monde par ici, on ne se serait sûrement pas conduits de cette ignoble façon ! Aussi mal ! On aurait pas osé devant eux ! Mais, il n’y avait plus personne pour nous surveiller ! Plus que nous, comme des mariés qui font des cochonneries quand tout le monde est paru. »Je me pensais aussi derrière un arbre que j’aurais bien voulu le voir ici moi, le Déroulède dont on m’avait tant parlé, m’expliquer comment qu’il faisait, lui, quand il prenait une balle en plein Allemands accroupis sur la route, têtus et tirail leurs, tiraient mal, mais ils semblaient avoir des balles à en revendre, des pleins magasins sans doute. La guerre décidément, n’était pas terminée ! Notre colonel, il faut dire ce qui est, manifestait une bravoure stupéfiante ! Il se promenait au beau milieu de la chaussée et puis de long en large parmi les trajectoires aussi simplement que s’il avait attendu un ami sur le quai de la gare, un peu im atient d’abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j’ai jamais pu la sentir, je l’ai toujours trouvée triste, avec ses bourbiers qui n’en finissent pas, ses maisons où les gens n’y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c’est à pas y tenir. Le vent s’était levé, brutal, de chaque côté des talus, les peupliers mêlaient leurs rafales de feuilles aux petits bruits secs qui venaient de là-bas sur nous. Ces soldats inconnus nous rataient sans cesse, mais tout en nous entourant de mille morts, on s’en trouvait comme habillés. Je n’osais plus remuer....Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? pensais-je. Et avec quel effroi !… Perdu parmi deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu’aux cheveux ? Avec casques, sans casques, sans chevaux, sur motos, hurlants, en autos, sifflants, tirailleurs, comploteurs, volants, à genoux, creusant, se défilant, caracolant dans les sentiers, pétaradant, enfermés sur la terre, comme dans un cabanon, pour y tout détruire, Allemagne, France et Continents, tout ce qui respire, détruire, plus enragés que les chiens, adorant leur rage ce que les chiens ne font pas, cent, mille fois plus enragés que mille chiens et tellement plus vicieux ! Nous étions jolis ! Décidé ment, je le concevais, je m’étais embarqué dans une croi sade est puceau de l’Horreur comme on l’est de la volupté. Comment aurais-je pu me douter moi de cette horreur en quittant la place Clichy ? Qui aurait pu prévoir avant d’entrer vraiment dans la guerre, tout ce que contenait la sale âme héroïque et fainéante des hommes ?À présent, j’étais pris dans cette fuite en masse, vers le meurtre en commun, vers le feu… Ça venait des profondeurs et c’était colonel ne bronchait toujours pas, je le regardais recevoir, sur le talus, des petites lettres du général qu’il déchirait ensuite menu, les ayant lues sans hâte, entre les balles. Dans aucune d’elles, il n’y avait donc l’ordre d’arrêter net cette abomination ? On ne lui disait donc pas d’en haut qu’il y avait méprise ? Abominable erreur ? Maldonne ? Qu’on s’était trompé ? Que c’était des manoeuvres pour rire qu’on avait voulu faire, et pas des assassinats ! Mais non ! Continuez, colonel, vous êtes dans la bonne voie ! » Voilà sans doute ce que lui écrivait le général des Entrayes, de la division, notre chef à tous, dont il recevait une enveloppe chaque cinq minutes, par un agent de la liaison, que la peur rendait chaque fois un peu plus vert et foireux. J’en aurais fait mon frère peu reux de ce garçon-là ! Mais on n’avait pas le temps de fraterniser non pas d’erreur? Ce qu’on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n’était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu’on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C’était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre !… Rien à dire. Je venais de découvrir d’un coup la guerre tout entière. J’étais dépucelé. Faut être à peu près seul devant elle comme je l’étais à ce moment-là pour bien la voir la vache, en face et de profil. On venait d’allumer la guerre entre nous et ceux d’en face, et à présent ça brûlait ! Comme le courant entre les deux charbons, dans la lampe à arc. Et il n’était pas près de s’éteindre le charbon ! On y passerait tous, le colonel comme les autres, tout mariole qu’il semblait être et sa carne ne ferait pas plus de rôti que la mienne quand le courant d’en face lui passerait entre les deux y a bien des façons d’être condamné à mort. Ah ! combien n’aurais-je pas donné à ce moment-là pour être en prison au lieu d’être ici, moi crétin ! Pour avoir, par exemple, quand c’était si facile, prévoyant, volé quelque chose, quelque part, quand il en était temps encore. On ne pense à rien ! De la prison, on en sort vivant, pas de la guerre. Tout le reste, c’est des seulement j’avais encore eu le temps, mais je ne l’avais plus ! Il n’y avait plus rien à voler ! Comme il ferait bon dans une petite prison pépère, que je me disais, où les balles ne passent pas ! Ne passent jamais ! J’en connaissais une toute prête, au soleil, au chaud! Dans un rêve, celle de Saint-Germain précisément, si proche de la forêt, je la connaissais bien, je passais sou vent par là, autrefois. Comme on change ! J’étais un enfant alors, elle me faisait peur la prison. C’est que je ne connaissais pas encore les hommes. Je ne croirai plus jamais à ce qu’ils disent, à ce qu’ils pensent. C’est des hommes et d’eux seulement qu’il faut avoir peur, de temps faudrait-il qu’il dure leur délire, pour qu’ils s’arrêtent épuisés, enfin, ces monstres ? Combien de temps un accès comme celui-ci peut-il bien durer ? Des mois ? Des années ? Combien . Peut-être jusqu’à la mort de tout le monde, de tous les fous ? Jusqu’au dernier ? Et puisque les événements prenaient ce tour désespéré je me décidais à risquer le tout pour le tout, à tenter la dernière démarche, la suprême, essayer, moi, tout seul, d’arrêter la guerre ! Au moins dans ce coin-là où j’étais. ... "
l art de la guerre extrait